Je n’envie pas les gens qui soutiennent des cancéreux. Pas du tout, même. Si difficiles qu’aient été la traversée des épreuves du cancer et les joyeuses tribulations qu’elles ont entraînées,

par Robin Harry

Je n’envie pas les gens qui soutiennent des cancéreux. Pas du tout, même. Si difficiles qu’aient été la traversée des épreuves du cancer et les joyeuses tribulations qu’elles ont entraînées, j’arrive à peine à saisir l’ampleur de la charge pour les proches, les amis, les collègues, qui demeurent des témoins impuissants. Il n’est pas simple de savoir quoi dire, quoi faire pour nous aider. Je vais vous confier un secret : il y a un truc qui simplifie véritablement le soutien aux patients comme moi qui traversent des moments pénibles. Il s’agit de l’écoute.

Pendant que j’avais le cancer, je recevais un soutien extraordinaire; ma famille, mes amis et mes collègues ont sans aucun doute fait tout en leur pouvoir pour me rendre la vie plus agréable. Je dois toutefois mentionner qu’il y a des moments où le manque d’écoute chez les gens m’exaspérait au plus haut point. C’est à de telles occasions que les gens disaient ou faisaient ce qu’ils croyaient nécessaire (ce qui est très noble en soi), mais qui était en fait le contraire de ce dont j’avais besoin. Ces moments auraient été beaucoup plus simples pour tous s’ils avaient écouté un tant soit peu.

Parfois, offrir son écoute à des patients cancéreux signifie s’asseoir en silence pendant qu’ils parlent des défis auxquels ils sont confrontés. On a besoin de faire passer les émotions, de nous extérioriser. Nous n’avons pas toujours besoin de réconfort ni de nous faire remonter le moral en nous faisant débiter des platitudes et des fausses promesses camouflées sous des couverts d’encouragement. Inutile de vous identifier à nous non plus. À moins que vous ayez eu le cancer, il est peu probable que vous soyez en mesure de faire des rapprochements, et nous en sommes conscients. Vous POUVEZ vous soucier de nous. C’est parfois là tout ce dont on a besoin : savoir que quelqu’un s’inquiète des épreuves par lesquelles vous devez passer.

Ceci étant dit, nous n’avons pas toujours envie de parler. Parfois, on a besoin que les gens tiennent compte de ce qui se passe. Écouter ce qui est et ce qui n’est PAS. Quelquefois, écouter un patient cancéreux signifie entendre ses silences et comprendre qu’il vaut mieux le laisser seul. De temps à autre, cela signifie aussi de revenir sur un défi qui nous est particulièrement pénible à ce moment précis, et nous aider à le surmonter. Victime d’ennui? Pourquoi ne pas aller voir un film? Fatigué? Laissez-nous nous reposer. Pas l’énergie de cuisiner? Renseignez-vous sur ce qu’on peut manger et demandez-nous si on aimerait un plat à emporter. Bouffées de chaleur? Tenez-vous prêt, un sac de glace à la main!

Je donne l’impression que c’est simple, mais ça ne l’est pas. Ceux qui offrent leur soutien sentent sûrement qu’ils auraient besoin de faire de la télépathie pour comprendre ce qui se passe avec nous. Sans compter que nous, les patients, ne trouvons pas toujours les mots pour verbaliser nos besoins. Si toutefois vous souhaitez réellement nous offrir du soutien, vous n’avez pas à lire dans nos pensées. Il faut simplement être attentif. Pour faire sentir à un patient cancéreux que vous êtes là, l’écoute et le sens de l’observation sont sans aucun doute vos meilleurs atouts.