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Recherche = Espoir

By avril 3, 2013No Comments

La Dre Johnson se passionne pour la recherche. « Sans recherche » déclare-t-elle, « il n’y a pas d’espoir ». Et elle est bien placée pour le savoir, puisqu’elle est clinicienne chercheuse et directrice de l’axe de recherche sur le lymphome de la Banque de Cellules Leucémiques du Québec (BCLQ)

par Tracey-Ann Curtis, Directrice régionale (Québec)

« Devine combien coûte ce congélateur? » Je rends visite à la Dre Nathalie Johnson dans son laboratoire à la fine pointe de la technologie du Centre du cancer Segal de l’Hôpital général juif de Montréal. Nous sommes devant un immense congélateur ultra moderne contenant des centaines d’échantillons de tissus. Elle vient de me raconter comment elle a reçu un appel téléphonique à 5 heures un samedi matin pour lui annoncer que le congélateur contenant des échantillons de tissus venait de rendre l’âme. Traînant ses enfants encore endormis, elle s’est rendue en toute hâte à l’hôpital, en leur expliquant en cours de route que Maman devait aller travailler immédiatement parce que les échantillons de tissus fondaient comme des sucettes glacées ou de la crème glacée.

Je regarde le nouvel appareil, je hoche la tête et je propose un montant d’argent ridicule. La Dre Johnson roule des yeux amusés. « Non », dit-elle en souriant. Elle s’approche de moi et me glisse : « 10 000 $. Mais les subventions à la recherche ne couvrent pas de tels achats! »

La Dre Johnson se passionne pour la recherche. « Sans recherche » déclare-t-elle, « il n’y a pas d’espoir ». Et elle est bien placée pour le savoir, puisqu’elle est clinicienne chercheuse et directrice de l’axe de recherche sur le lymphome de la Banque de Cellules Leucémiques du Québec (BCLQ), une banque de tissus provinciale. Elle s’est aussi donné comme mission de répondre aux besoins des patients atteints d’un lymphome dans le Programme de cancer pour les adolescents et les jeunes adultes de l’Université McGill, où elle est également professeure adjointe.

Depuis la mise sur pied de la biobanque de cellules de lymphome à l’Hôpital général juif il y a un an et demi, plus de 400 échantillons ont été recueillis. Il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’étude des échantillons. Les médecins peuvent en effet choisir des traitements plus personnalisés s’ils sont en mesure de faire correspondre le bon médicament à la biologie de la tumeur. Les propriétés biologiques inhérentes des cellules du cancer qui les rendent plus résistantes à la chimiothérapie constituent en fait la base de ses recherches.

La Dre Johnson m’explique alors que le défi constant de la mise en banque de matériel biologique, c’est qu’il s’agit d’un composant essentiel de la recherche translationnelle, « une recherche qui amène la science au chevet du patient », explique-t-elle. Pourtant, malgré son importance, elle ne peut être financée par la majorité des subventions, qui visent à financer la recherche et non les outils de recherche. La recherche de financement demeure un défi majeur pour toutes les banques de tissus du pays. La Dre Johnson est reconnaissante d’être bénéficiaire de la bonté des philanthropes, de dons très généreux et de l’appui de la Fondation de l’Hôpital général juif.

La recherche répond à notre besoin de savoir ce qui détermine l’évolution de la maladie, ajoute-t-elle. Le lymphome de Hodgkin peut être guéri dans 80 % des cas et c’est satisfaisant de le constater. Mais « c’est pour les 20 % de patients restants que nous devons étudier la résistance. Il est intéressant de s’attarder à la biologie, mais nous devons également nous demander qui nous pouvons guérir et en quoi c’est pertinent d’un point de vue clinique ».

Selon la Dre Johnson, le lymphome de Hodgkin est un bon exemple. Il y a 30 ans, les patients mouraient de cette maladie. Mais on a découvert que le gaz moutarde, utilisé comme arme chimique pendant la Deuxième Guerre mondiale, avait un effet sur le nombre de globules blancs. On utilise aujourd’hui un dérivé de ce gaz pour la chimiothérapie. La Dre Johnson ajoute que le but de tout traitement est toujours de maximiser la guérison et de minimiser la toxicité.

Elle m’explique que la banque de tissus de lymphome n’est pas encore accessible, qu’il manque d’échantillons de tissus pour faire des comparaisons pertinentes, et qu’elle et son équipe travaillent constamment à obtenir davantage de consentements pour recueillir encore plus d’échantillons à étudier. Son objectif de carrière pour les cinq prochaines années consiste à trouver plus de subventions pour continuer à développer la banque de tissus, pour voir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et pour raffiner les résultats. La Dre Johnson me suggère de lire The Emperor of All Maladies, une biographie du cancer. Son message d’ensemble constitue l’une des leçons les plus importantes qu’elle ait apprises durant sa formation médicale :

« Traiter le patient, pas seulement le cancer. »